
Numéro double, à paraître fin Avril 2026
Jean Bergès et Gabriel Balbo ont fondé de nouveaux concepts dont les implications bouleversent les bases théoriques, conceptuelles, cliniques, techniques et pratiques de la psychanalyse. Ces concepts sont l’humus, le terreau de la Libre Association Freudienne qui fonde son ex-sistence de ce qu’elle n’est pas ou de ce qui manque ou est manqué. Le transitivisme n’en est pas le moins important, il en est le socle, il est ce tronc de l’arbre duquel se ramifie tout transfert, tout désir, toute demande, tout symptôme. S’inscrivant dans leur mutuelle ligne-née, Gabriel Balbo a enrichi cette nouvelle métapsychologie par ses propres travaux, en ne manquant pas, par des coups de force symboliques, de demander aux savoirs des Autres, de s’identifier les concepts créés, de les incorporer pour les a-boucher à une clinique dont un savoir en vérité́ sourd toujours de la bouche de l’inouï̈, de l’inentendu. Aussi, qu’est-ce qui aujourd’hui, se sait mais surtout se tait et se méconnait encore par transitivisme ?
Partir d’une hypothèse et chercher le chemin du concept de Transitivisme.
Transitivisme et méconnaissance sont liés au corps. À quoi renvoie la méconnaissance et comment cerner ces articulations ? L’article constitue une approche de cette question.
Après quatre années de cure qui donnaient l’impression de ne pas avancer, comment des coups de forces transitivistes opérés en six séances avec une mère et sa fille de quelques mois dénouèrent deux relations mère-fille, et sortirent cette analysante de sa position dépressive.
Que produit la mort d’un analysant sur son analyste ? Un écrit se soutenant du concept de transitivisme peut-il en rendre compte ? Par le truchement de ce concept élaboré par Gabriel Balbo et Jean Bergès, la mort s’impose non plus comme but, comme fin, mais comme origine. Elle origine la question du manque, du signifiant, en permettant ainsi l’hypothèse de la demande du patient, donc aussi celle d’un savoir chez lui. Cette origine induit du hors sens, l’essence même de la cure et nous enjoint à penser cette mort comme la pierre angulaire du désir.
Qu’en est-il de la fonction du transitivisme et de la fonction du transfert dans une cure analytique conduite par une analyste-femme, et comment se débrouille t-elle quand elle est mère, mère affublée d’une névrose maternelle ?
« Tu te frappes, tu te mords... mais c’est maman qui a mal, c’est maman qui souffre ». À partir de la clinique, nous pouvons aborder le concept de transitivisme élaboré par Jean Bergès et Gabriel Balbo à partir de leurs cliniques et du concept du même nom conçu par le psychiatre Wernicke à propos de la schizophrénie, mais dans le champ de la psychanalyse et en le +sortant de sa seule connotation pathologique.
Que peut dès lors en renvoyer l’analyste, à sa patiente ou son patient, dans la cure lorsque ce transitivisme vient s’y inviter et s’identifier ?
Ce dont on ne veut rien savoir porte le sceau de l’insu–portable.
Que dans leur premier ouvrage Jean Bergès et Gabriel Balbo aient créé le néologisme transféritivisme – condensé des concepts de transfert et transitivisme – laisse penser que les deux concepts sont intrinsèquement tressés.
C’est l’objet de ce travail que d’en savoir un peu ! et de s’interroger sur ce qui pousse un analysant à l’être psychanalyste, et d’entendre que « Ça transitive, aussi bien du côté de l’analyste que de l’analysant ».
Cas clinique. Récit d’un virage social et de l’articulation d’une césure. Assomption de la signification.
Peut-on dégager une temporalité propre au coup de force ? Peut-on décider quelles implications langagières soutien(nen)t le coup de force ? Nous verrons qu’il est impossible, à l’écrit, d’enlever ou non, d’ajouter ou non, ces parenthèses. Ce doute, qui se soutiendrait du réel, serait-il le temps du sujet parlêtre ?
On joue ? En joue ! Le transfert s’origine d’un double coup de force. Le psychanalyste opère un coup de force « par lequel l’analysant(e) va devoir ordonner son existence au seul symbolique, [...], qui ne se fait valoir [...] que par le dire inconscient [...] que par ce qu’il lui vient du grand Autre. » Inversement, à partir d’un coup de force comparable à celui de la mère, « l’analysant fait de son analyste un sujet qui va devoir l’écouter [...], s’inscrire de force dans un symbolique appelé transfert, et va par cette inscription apprendre progressivement à parler à cet analysant. »
On peut se poser la question : est-ce que les hommes transitivisent ? Je pense que l’on peut répondre par oui à cette demande ; il serait judicieux pour l’analyste de pointer cette particularité, qui n’est donc pas réservée aux femmes, pour la conduite de l’analyse.
Dans la clinique de l’adoption, il arrive que l’expérience primordiale transitiviste d’avec la mère en soit restée pour diverses raisons à l’état embryonnaire. Le sujet gravitant alors dans un deçà du transitivisme a à faire avec un réel débordant. Or, si d’après G. Balbo et J. Bergès, l’analyste est « dans la reconstruction, en prolongeant les transitivismes primordiaux par lesquels la mère est constructrice d’objets », de quel travail analytique dans cette clinique de l’adoption va-t-il s’agir ? C’est à partir de cette question que ce texte est apparu, à la lumière des concepts importants que sont ceux de transitivisme, transféritivisme et méconnaissance.
Illustration pratique de l’intérêt du concept de Névrose maternelle élaboré par Gabriel Balbo dans le travail clinique avec les enfants, leurs parents et l’institution scolaire.
Entendre, est-ce comprendre ? Qu’est-ce qu’on entend derrière ce qui se dit ?
La demande qui accourt lors de premiers entretiens, ne pourrait-elle pas s’entendre et se qualifier d’obsessionnelle quand sa nature se révèle par l’urgence de conseils, méthodes à obtenir pour régler son compte, une bonne fois pour toutes, au symptôme qui tourmente, fait que ça tourne pas rond pour le sujet qui ne connaît aucune inhibition pour en rajouter : « Je souffre depuis la nuit des temps » ? Le manque-à-gagner ne peut-il se révéler être ce signifiant à faire valoir et entendre pour assurer le passage à une psychanalyse.
Quelques aperçus et avancées sur le transitivisme.
Ce sont les défaillances de la mémoire qui sont signifiantes. Ce sont les « trous de mémoire » qui nous intéressent. Le nom est le premier don qui vient figurer dans notre mémoire. Être nommé, c’est répondre à son nom, à un appel, c’est parler. Notre mémoire est notre alliance, en rapport avec la Loi inconsciente, Loi de l’interdiction de l’inceste.
Le sujet mystique, surprenant oxymore, n’a d’être que de l’appel incessant qu’en son désêtre voulu radical il adresse à l’Autre, infiniment lointain et secrètement proche, extimité muette dont il mendie le répons. Trouée de cris outrepassant toute contention symbolique, ou frôlant de pas en pas son extinction dans un mélancolique ravage, sa parole à bout de souffle ne se cause que de l’impossible rencontre de l’Autre énigmatique dont s’infinitise son désir : désir du Mot, de ce seul Mot à jamais imprononçable qui, radiant l’ordre parasitaire du signifiant, scellerait la rencontre d’un Réel en lequel il lui serait enfin donné, grâce à Dieu, de s’abolir. Ces quelques pages en hommage certes dérisoire à l’étude que Michel de Certeau consacre à la scénographie mystique...