L’image animée du rêve et du cinéma fait du sujet, par le regard qu’il lui porte, un spectateur. Production de l’inconscient du sujet même d’une part, résultat d’une impulsion d’autre part, dans un cas comme dans l’autre, celui qui regarde une image de rêve ou une image de cinéma a un rendez-vous avec son désir.

Ce spectateur est soumis à un chaos intransmissible de formes, qui surgissent et qui s’effacent, qui s’impriment et qui s’oublient. Au cinéma comme en rêve, le spectateur fasciné par le caractère hallucinatoire de l’image animée, absent au monde extérieur, régresse dans un état favorisant le souvenir de désirs infantiles.

Au cours de la même année de 1895, Sigmund Freud publie la Traumdeutung et les frères Lumière projettent le premier film de cinéma, créant en deux sphères très distinctes, un nouveau genre de spectateur : halluciné, captif, mais aussi scénariste et acteur.

L’illusion du mouvement est le résultat d’une succession d’images fixes qui défilent. Pour donner l’illusion de la vie, pour atteindre à cette mobilité dans l’espace et le temps, il faut du déplacement. Tout n’est pas montré, tant s’en faut. L’image de cinéma et l’image de rêve sont constituées de fragments dont les raccords déterminent des intervalles, à partir de quoi le spectateur-rêveur fera une histoire. Qu’en est-il de leur rapport à la tierce lacanienne du réel, du symbolique et de l’imaginaire ?

Pour avoir été très proche de l’image du rêve quant au dispositif de réception, l’image de cinéma s’en écarte, sortant du cadre, pour investir le «petit écran » de télévision, les murs de la cité, les écrans numériques. Débordée par son attractivité, l’image de cinéma est réductible à sa forme d’image animée, et, en changeant de fonctionnement, elle pourrait changer de fonction et faire du spectateur un otage.