Le lieu, le programme et les horaires seront précisés ultérieurement.

L’acte manqué se reconnaît à son incoercible et insistante craquelure, apparemment si anodine mais dont le fracas laisse interdit, selon l’endroit ou l’envers d’où se regarde la chose.

Jacter sur le pas sage de l’acte manqué, voilà chose qui n’est pas sans rebuter quiconque s’en éprouve comme sonné et trahi.

Comme a pu le dire G. Balbo : « S’il vous est loisible d’être libre de ne pas vous occuper de l’inconscient, il vous faut malgré tout savoir que l’inconscient lui, saura très bien s’occuper de vous en temps voulu. » La pulsation de c’t inconscient se « tintera » du leitmotiv et de l’écho d’un charivari dont, par sa présence réelle, il est si rare qu’on arrive à rire, a contrario de l’orchestration d’un Witz.

Quelle ne fut pas la contrainte de Freud à désirer relever et ordonner, dans Psychopathologie de la vie quotidienne, ces méprises que l’hordinaire méprise pourtant à considérer comme digne d’intérêt et de sens. Quelle indécence…

La multiplicité des termes français pour dénommer cette incongruité trouve en allemand à se ranger sous le préverbe « Ver » ; multiplicité dont l’illusion d’un inventaire à la Prévert laisse, à ne pas s’en méprendre, entrevoir tout le jeu et l’envolée de la lettre où se reconnaît alors le sujet de l’inconscient qui ne s’y trompe pas.

L’acte manqué (Die Fehlleistung), à surgir sur le fil et comme l’éclair d’un langage, résulte d’une action de traviole, détournée et dévoyée de son but premier par le chassé-croisé de deux intentions opposées et rivales.

Ceux-là, que n’entendent-ils pas du message qu’ils articulent pourtant d’eux-mêmes comme d’un seul automaton : « Je me suis trompé, j’ai pas fait exprès », se complaisant plutôt à reléguer la chose au rebut de la Terre. N’y peuvent-ils lire rébus ?

Mais pour Lacan il n’y a aucun doute en l’hypothèse freudienne : « Il n’y a pas de hasard dans quoi que ce soit que nous fassions avec l’intention de le faire au hasard ». Le ressort, du Ciel en passant par la Terre jusqu’aux Enfers, est symbolique d’un désir qui manque à se taire.

Balbo l’a énoncé : « La clinique est toujours inentendue, elle ne s’invente pas. Bref, elle est inouïe, comme le fut la psychanalyse créée par Freud, comme elle l’est encore depuis. Cette atopie nous est familière, nous n’y sommes pas allergiques ; nous sommes sensibles aux bévues, aux malentendus, aux lapsus, aux oublis, aux rêves, aux symptômes, qui en sont constitutifs. Quels sont d’ailleurs les desiderata de l’analyste, sinon les désirs des ratés », que je nommerais pour le coup afin d’en faire métaphore : désideratage ou désiratage.

Quelle est cette hâte à (se) voiler l’évidence de l’échappée inconsciente pour lui préférer l’échappatoire du cambrioleur coupable de ne pas savoir s’assumer gentleman ? Quel(s) savoir(s) extraire des sens cachés ? Serait-ce seulement celui des contre-hères ?

Pour parvenir au savoir en l’Autre, suffit-il que s’établisse un transfert pour que de ce dont « j’ai pas fait exprès-sion » et qui court malgré tout « à l’insu de mon plein gré », puisse y faire retour, non plus avec ravage mais par ratage, grâce au ramage d’une traduction c’est-à-dire d’une interprétation et ainsi réduire l’effet de trahison si communément attribué aux bonnes œuvres et à « la belle âme » de dame Fortuna ?

Après l’instant du rêve, le temps du Witz, vient le moment de l’acte manqué auquel la Libre Association Freudienne entend maintenant s’intéresser au travers de ses journées scientifiques, afin d’y produire du nouveau à partir du savoir dans l’Autre, et ce conformément au trépied symbolique de l’association libre, dont le quatrième élément prend également acte.



Matthieu Dutour