Automne 2010

L’actualité paraît remettre en question Totem et tabou. Les peurs se multiplient, la mort paraît être la punition du tabou, au point qu’au consumérisme s’opposent de plus en plus d’interdits, frappant du risque mortel ce qui est consommé !
Ne sont pas en reste le partage des rôles, des droits, des obligations au sein de ce que l’on nomme maintenant « la parentalité », et non plus la parenté : au demeurant, mères porteuses pour d’autres, homoparentalités, mariages homosexuels notamment, laissent penser que le père n’a plus le droit de cité qu’il eut.
La clinique témoigne-t-elle de ces bouleversements ? N’est-elle pas toujours le lieu de recel du juratoire et du conjuratoire ? Le collectif est-il devenu autre chose que le sujet de l’individuel ?
À supposer que tout totem soit caduc, et que l’Action fatale et décisive n’ait jamais été au commencement, le tabou de l’inceste demeure et, comme le religieux, jamais ne fut si fort.
Faut-il alors totalement dissocier le Tabou du Totem ? Faut-il trouver au tabou une nouvelle origine ? Mais quelle serait alors la fonction du Totem ?
Et de quoi tirerait-il encore sa puissance ?

Dans Totem et Tabou, Freud démontre la genèse de Dieu, conçu comme l’inconscient substitut du Père originaire tout-puissant, que ses fils mettent à mort et mangent pour se partager les femmes dont lui seul avait de son vivant la jouissance ; ainsi naissent l’interdit de l’inceste et l’interdit du parricide, sources de la culture, de la morale et de la religion monothéiste.

Freud soutient sa démonstration en soulignant l’analogie qui existe entre l’organisation des tribus primitives, les névroses, et les désirs infantiles inconscients. Dans son séminaire «Encore», qui traite de la jouissance, Lacan en reprend les données, pour dégager de quelle logique prend consistance l’élaboration freudienne, qui ne saurait se limiter au mythe d’Œdipe.

Il s’agit d’une relecture du mythe du meurtre du Père et de ses conséquences, essayant de mettre en lumière le rôle possible des femmes.

À la lecture de Totem et Tabou, l’importance donnée par Freud à l’étude du « tabou des morts » entre en résonnance avec la notion de « tabou de la mort » qui renvoie à une sorte de déni de la mort, en tant qu’elle représente aujourd’hui une insupportable épreuve de castration. Les expressions de ce « tabou » ne sont pas sans conséquences sur le mourir et sur le deuil, nous en trouvons les échos dans le discours social et dans notre pratique clinique.

Si Freud a écrit Totem et Tabou en 1923 et qu’il cherchait à mettre en évidence un lien entre la sociologie et la psychanalyse, la relecture de ce recueil nous rappelle qu’il y a des liens à faire de nos jours encore entre la sociologie et la symptomatologie de nos patients. Ce texte rassemble quelques réflexions sur la clinique qui nous est proposée de traiter aujourd’hui et ses rapports avec la loi sociale.

Dans une deuxième partie, cet article aborde la question de la conception du réel chez l’enfant en référence à la description qu’en fait J. Piaget en 1947 et la confronte aux différents modes de représentation du monde qu’a connus et que connaît encore l’humanité aujourd’hui : l’animisme, la religion et la science dont Freud dresse la description dans son ouvrage. Il est alors montré l’intérêt que la possession de ces concepts peut revêtir dans le travail de psychanalyse d’enfants.

D’une division entre homme et femme il est toujours question, et c’est avec l’au-moins-un que se règle cette différence, du clan des hommes d’une part et de la femme d’autre part ; cette division qui se fonde sur cette différence qui autorise le mariage et les maintient l’un comme l’autre en esclavage, esclaves de l’âmour

De Totem et Tabou, en passant par le Tabou de la Virginité, il s’agit là d’interroger ce qui se déplace, se renverse, ce qui de l’inconscient perdure encore aujourd’hui sous sa forme mythique et imaginaire.

Relation de l’expérience faite, avec un artisan populaire, d’une sculpture réalisée dans le cadre de la journée de la LAF de décembre 2009, sculpture nommée «Totem», parce que pleine de formes d’animaux. Un sculpteur populaire, qui a habité à l’intérieur de sa province toute sa vie, a sculpté un hippopotame ; on lui a demandé comment il avait pu faire cet hippopotame alors qu’il n’était jamais sorti de sa province. Il a répondu qu’il a laissé sortir les autres animaux et qu’alors l’hippopotame est resté.

C’est un mystère duquel l’analyste n’a pas parlé, sauf qu’elle a parlé d’autres mystères, de faire des rapports entre la sculpture et la psychanalyse et est arrivée ce faisant à des surprises, comme de parier sur le temps logique.

«Les soi-disant névroses et psychoses sont avant tout des ratages du processus d’humanisation» (Tosquelles, 1968). Tosquelles, cet audacieux penseur, dans la mouvance de Lacan, Mannoni… Cette non-humanisation, dans les institutions dites thérapeutiques, éducatives, c’est ce que j’ai observé trop souvent dans mon long parcours de vie, à travers divers établissements : hôpital psychiatrique, I.M.E., maternité, maison de retraite, établissement éducatif, pénitentiaire, insertion scolaire, professionnelle, sociale.

Partout, la logique rationnelle, économique, technique l’emporte sur l’observation et l’écoute attentive de l’être humain dans son originalité, son unicité, ses potentialités si riches et complexes. Je ferai la comparaison avec les fonds sous-marins : riches de coraux et de mille formes de vie… malheureusement risquant d’être massacrés par notre modernisme.

Clinique autour de la question du deuil de la position dépressive que produit la chute de l’objet a, chute préalable à l’entrée dans le langage, entrée qui est l’effet du coup de force symbolique.

Le névrosé, pour ne pas honorer sa dette symbolique, peut préférer souffrir le pire et payer ainsi jusqu’à tomber malade. Pour continuer à vivre, un sujet doit lui-même travailler la question de son engagement symbolique. Le procès analytique lui en donne l’opportunité, coup de force symbolique s’il en est. S’il ne trouve pas une forte raison pour désirer vivre, il ne deviendra plus qu’un objet a à perdre, par exemple en tombant malade, voire en mourrant.

Le sujet de l’inconscient se plie à une autre éthique que celle que lui propose une logique imaginaire, comme celle qui guide Chronos, dieu mangeur de « petites têtes », logique létale par conséquent a mère.