Printemps 2010

Paraître en corps est marqué d’emblée d’un impossible : l’autonomie organique, fonctionnelle, vitale en un mot. Il lui faut l’Autre pour survivre au réel qui l’incarne, et pour n’en être plus dépendant. Ce corps aussitôt se double de celui du sujet : corps symbolique lui, qui doit de l’être aux nom, prénom et sexe qui lui sont donnés. C’est aussi nécessairement l’œuvre de l’Autre. Ce corps acquiert bientôt sa tierce dimension : celle de l’image dont à l’eau du miroir se dote le petit d’homme. Il n’y parvient que par la reconnaissance de l’Autre : ainsi surnage-t-il à son imaginaire apparaître.

Trois corps de discours donc, articulés au désir de l’Autre et à son objet a, auquel ils finissent par confier leur signifiance. Les pulsions et leurs rejetons objectaux y concourent. N’est-ce pas assez dire combien tout cela ne tombe que sous le sens, ne relève par conséquent que d’un inconscient langage dont il prend consistance ?

Des élaborations cliniques et théoriques en illustreront les retombées cliniques.

Jusqu’à l’apparition de la science moderne, les représentations du corps humain reposaient sur les principes d’harmonie, de proportions et d’unité entre le corps de l’homme et le cosmos. Nous retrouvons certaines applications de ces correspondances analogiques et symboliques aussi bien dans la sculpture, l’architecture, la typographie, la kabbale hébraïque, que dans la pratique de la médecine astrologique des tempéraments.

Il s’agit de l’histoire de la cure d’un enfant autiste, qui trouva sa langue maternelle, après qu’il en eut passé par le chant d’une langue étrangère. Cette langue passerelle fut empruntée en compagnie de son analyste, de même qu’elle fut écorchée.

Né à Zurich en 1944, Fritz Angst préférera finalement s’appeler Zorn pour traduire ce que sa ville et son pays lui inspirent. Dans ce testament littéraire intemporel et inclassable, le cancer est la seule libération possible d’une « éducation à mort », et peut-être aussi le seul mal destructeur de l’Occident chrétien qui origine cet héritage familial. Révolution contre l’esprit bourgeois, le cancer est aussi témoignage subjectif de l’accès à l’Autre.

Résistant à la moindre complaisance après avoir dévoré son chagrin, avec Mars, Zorn fait oeuvre. Les larmes rentrées ne couleront qu’au bout de sa plume.

Comment peut se dire dans un travail clinique en psychanalyse, le rapport entre l’intérieur et l’extérieur du corps, quand s’est posée la question de vivre après une séparation liée à une grave maladie « psychosomatique ». L’attente et l’écoute des signifiants présents dans le discours analytique permet un déplacement du regard de l’analysant sur ce qui semble causer la torture d’un nouveau symptôme.

Une lecture lacanienne de l’étude de Maurice Merleau-Ponty (1908-1961) sur le membre fantôme, dans sa Phénoménologie de la perception (1945).

À travers la spécificité de la transplantation hépatique, est posée la question des possibilités d'acceptation psychologique d’un organe étranger. Au-delà des fantasmes de dette, de culpabilité, de perte d’identité, la transplantation d’un organe induit une « renaissance ». Le médecin se trouve donc en place de mère agissante, grand Autre qui initie la relation d’objet entre le greffé et son nouvel organe, autorisant ainsi « l’accorporation » de cet organe et non sa « psychisation ».

En décidant d’arrêter sa cure analytique, un enfant de neuf ans fait savoir par cet après-coup, que les dessins – ils sont très nombreux – qu’il avait produits en silence ne se soutenaient que du désir de mettre à mort son frère puiné. Ce dessein mortifrère indique alors que le dessin n’est qu’une expression spontanée, qu’il dénote un certain type de transfert, qu’il en montre les signifiants qui s’ordonnent à un trait unaire, que la rivalité mortelle avec les frères n’est qu’un succédané de la révolte avec le père, que la différence entre un « transfert masculin » et « un transfert féminin » n’est que de surcroît, surcroît qui s’ordonne à une jouissance.