Automne 2013

Quel serait le signifiant symbolique révélateur d’un savoir qui dirait enfin le sens de la récidive et en donnerait un abord clinique, un cadre théorique susceptibles d’en être réducteurs ?

Répondre à une telle question ne concerne-t-il que le social, qui se barde de chiffres et de statistiques pour y parvenir ? Mais se barder ainsi du nombre n’est-il pas hors sujet, au point de faire dire à S. Freud dans Le malaise dans la culture qu’il existe une démence sociale de masse ?

Une masse législative et réglementaire ne fait-elle pas toujours prévaloir le nombre, au fond anonyme, plutôt que le sujet, toujours singulier ? Et lorsqu’elle fait prévaloir ce qu’elle veut légiférer, une société ne soutient-elle pas ce qu’elle légifère, par le leitmotiv courant: «c’est vrai, les chiffres d’ailleurs sont là pour le dire» ?

Dans de telles conjonctures, n’être pas hors sujet, pour mieux être un sujet dans le social, n’est-ce pas la voie à suivre, pour que la récidive ne dépende plus que d’un rapport de forces ? Pour qu’elle soit hors sujet ?

Par l’évocation de la tuerie de Nanterre (en mars 2002) et de son responsable Richard Durn, est envisagé un défaut particulier d’introduction à l’ordre symbolique qui pourrait concerner, à des degrés divers, les délinquants, ainsi que certains criminels et récidivistes.

Libres associations psychanalytiques sur les fonctions du nom propre et l’importance de la transmission du patronyme, à travers le récit du « suivi d’incarcération » d’un adolescent, jeune majeur, par une professionnelle de la Protection Judiciaire de la Jeunesse.

Il s’agit de se questionner sur la place que le père occupe auprès de son fils qui devient récidiviste.

Pour répondre à cette question, nous évoquerons Caïn, le premier meurtrier de l’histoire biblique et le positionnement d’Adam par rapport à ses fils. C’est en nommant Seth qu’il lui permet de vivre et d’avoir une lignée que ne touchera pas la malédiction. Puis, nous nous interrogerons sur l’histoire d’OEdipe et sur ce qui a permis qu’il puisse devenir parricide. En nous appuyant sur l’histoire de Will Hunting (film de Gus Van Sant), nous aborderons le travail analytique qui s’est déroulé avec Nino.

Dans tous les cas, nous remarquerons que la loi, soit n’est pas posée par le père, soit n’est pas entendue par l’enfant parce que la mère ne lui permet pas de l’entendre. Nous évoquerons une position particulière de la fonction maternelle qui, en interagissant avec la fonction paternelle, permet la récidive.

Le récit d’Yves, bien qu’une boutade à l’origine sur le thème de la récidive, n’en est pas moins une réflexion sur le lien entre le saint et l’analyste tel que Lacan en parle dans son enseignement, mais aussi une manière d’interroger la récidive et la clinique à travers un réel réactualisé qui reste malgré tout inchangé.

Y aurait-il un père particulier pour le récidiviste, une clinique particulière ? Quand il s’agit d’actes délictueux, la religion chrétienne y est toujours présente, mais comment et pourquoi ?

La délinquance, problème crucial dans le champ social, peut-elle être questionnée à la lumière de la théorie psychanalytique ? Quand ça devient psychanalytique comment dès lors interroger que ça récidive ? Dans ce champ spécifique et par son bornage, la délinquance apparaît pour ce qu’elle est : un symptôme, une métaphore, noeud de signifiants. Une clinique Autre est alors possible qui fait que sourd la vérité du sujet y compris dans l’institution.

Les transgressions à répétition du jeune délinquant ne pourraient-elles pas se lire comme des conduites contra-phobiques, des défenses phalliques ? La délinquance à répétition, et tout ce qui tourne autour en termes de mobilisation sociale, ne pourrait-elle pas se déchiffrer comme une mascarade dont l’économie consisterait à trouver, par un mécanisme de déplacement, une solution à une impasse psychique dans laquelle se trouverait le jeune délinquant ? Une tentative de subjectivation donc, une solution, mais à quoi ?

Le délinquant se complet dans l’acte et non pas dans la parole, qui est tenue pour lui par d’autres-avocats, magistrats, experts. Il se refuse à savoir ce qu’est son acte, pourtant symbolique d’autre chose que ce qu’il accomplit. Que met-il en scène ? Il met en scène que cet acte rend justice d’une malédiction énoncée par les parents et prémonitoire de sa destinée d’hors la loi. Parce qu’il est justicier, tant que justice n’est pas faite, le délinquant récidive. Et il récidive, tant qu’il ne sait pas pourquoi il est récidiviste. Les conditions de détention n’arrangent pas ses affaires, elles les aggravent plutôt.

Comment faire en sorte qu’enfin la loi du désir qui est la sienne soit conforme à la loi sociale qui encadre le désir ? C’est la question à laquelle ne saurait répondre ce que Freud appelait « la démence de masse ».